Thématique · Devises étrangères 9 min de lecture MAJ 21 août 2026 TVA et taux de change

Factures en devises étrangères :
quelles règles pour la facturation électronique en 2026 ?

Facturer en dollars, en livres sterling ou en francs suisses est autorisé par la loi française, à condition de respecter une règle stricte : le montant de TVA doit toujours apparaître en euros, selon un taux de change précis. Le ministère de l’Économie le rappelle : la devise de facturation reste libre, la conversion de la taxe ne l’est pas. Ce guide détaille la règle de conversion, le taux applicable, et ce que votre plateforme agréée doit savoir gérer.

CFE
La rédaction CFE · spécialistes facturation électronique 2026
Sources : DGFiP, Légifrance, BOFiP, economie.gouv.fr
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166 PAplateformes agréées DGFiP
Art. 289 CGIdevise libre, TVA en euros
1er sept. 2026réception obligatoire pour toutes
BCEtaux de change de référence TVA
→ 4 angles pour maîtriser la facturation en devise étrangère

Comment aborder le sujet ?

Facturer en devise étrangère : ce que permet la loi

Calcul du taux de change appliqué à une facture en devise étrangère pour la TVA
Calcul du taux de change appliqué à une facture en devise étrangère pour la TVA

Rien n’interdit à une entreprise française d’établir ses factures en dollars, en livres sterling ou en francs suisses. L’article 289 du Code général des impôts pose le principe dans son IV : les montants figurant sur une facture peuvent être exprimés dans n’importe quelle monnaie, à condition que le montant de la taxe à payer ou à régulariser soit déterminé en euros. La loi ne restreint donc pas le choix de la devise de facturation, elle encadre uniquement la conversion de la TVA.

Cette liberté de devise ne dit rien, en revanche, sur la question de savoir si la TVA française s’applique à l’opération. Un prestataire qui facture hors Union européenne, ou un éditeur qui vend à l’étranger, doit d’abord déterminer où l’opération est imposable. Notre article sur les clients à l’étranger et la facturation électronique détaille cette territorialité et ce qu’il faut déclarer. Ce guide-ci se concentre sur un point différent : une fois que la TVA doit apparaître sur la facture, comment la convertir en euros.

Deux questions distinctes : la territorialité détermine si la TVA française s’applique à une vente ou une prestation réalisée à l’étranger. La conversion de devise détermine comment afficher cette TVA en euros, une fois qu’elle est due. Ce guide traite uniquement du second point.

La TVA doit toujours être exprimée en euros

Dès qu’une facture porte un montant de TVA, qu’elle soit libellée en dollars, en livres ou en francs suisses, ce montant de taxe doit être exprimé en euros. C’est une obligation légale, pas une simple recommandation de bon sens comptable : elle découle directement du IV de l’article 289 du Code général des impôts, qui conditionne la liberté de devise au respect de cette conversion.

Les montants figurant sur la facture peuvent être exprimés dans toute monnaie, pour autant que le montant de la taxe à payer ou à régulariser soit déterminé en euros.

Article 289, IV du Code général des impôts

Cette règle existe pour une raison simple : l’administration fiscale française collecte, contrôle et croise ses données de TVA en euros. Une facture en devise étrangère qui n’affiche pas ce montant converti est incomplète au regard des mentions obligatoires, même si le reste du document est par ailleurs parfaitement rédigé. Elle expose l’entreprise émettrice au risque associé aux factures non conformes.

Point de vigilance : une facture en devise étrangère sans montant de TVA converti en euros n’est pas une facture conforme. Le total de la facture peut rester en dollars, en livres ou en francs suisses, mais la ligne de TVA doit systématiquement afficher sa contrepartie en euros.

Quel taux de change utiliser pour la TVA

Le Bulletin officiel des finances publiques précise le taux de change à retenir pour cette conversion. Le BOFiP pose le principe général : le taux de change applicable est le dernier taux publié par la Banque centrale européenne, au jour de l’exigibilité de la taxe, c’est-à-dire la date à laquelle la TVA devient due (livraison du bien, réalisation de la prestation, ou encaissement selon le régime applicable à l’opération).

Une alternative existe : les assujettis peuvent aussi retenir le taux utilisé pour déterminer la valeur en douane des importations. Dans les deux cas, l’objectif reste le même : figer un taux vérifiable et traçable, plutôt qu’un taux bancaire négocié au coup par coup, sans valeur fiscale.

À retenir : le taux de change à utiliser pour convertir la TVA en euros est le dernier taux publié par la Banque centrale européenne au jour de l’exigibilité de la taxe. L’administration recommande d’indiquer ce taux directement sur la facture pour éviter toute contestation ultérieure.

Concrètement, une facture de 10 000 dollars américains émise avec un taux BCE fictif, à titre d’illustration, de 0,92 euro pour un dollar donnerait une base hors taxes de 9 200 euros, et une ligne de TVA calculée sur cette base convertie, pas sur le montant en dollars. C’est ce montant en euros, et non le montant en devise, qui sert de référence pour la déclaration de TVA et pour l’e-reporting.

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Cas concret : un prestataire facture un client suisse

Éditeur SaaS facturant un client international en dollars via une plateforme agréée
Éditeur SaaS facturant un client international en dollars via une plateforme agréée

Un consultant ou un artisan français qui travaille pour un client basé en Suisse facture fréquemment en francs suisses, à la demande du client. La Suisse n’appartient pas à l’Union européenne : la question de savoir si la TVA française s’applique à cette prestation relève des règles de territorialité, détaillées dans notre article sur les clients à l’étranger et ce qu’il faut déclarer.

Ce qui nous intéresse ici, c’est ce qui se passe une fois cette question tranchée. Si la prestation reste soumise à la TVA française, même partiellement, la facture en francs suisses doit afficher le montant de taxe converti en euros, selon le taux BCE du jour d’exigibilité. Si elle est exonérée au titre de l’exportation de services, aucune ligne de TVA n’apparaît, et la conversion ne se pose donc pas pour la taxe elle-même.

Dans les deux cas : le montant total facturé au client suisse reste en francs suisses, sans obligation de le convertir en euros. Seule la ligne de TVA, quand elle existe, doit apparaître en euros.

Cas concret : un éditeur SaaS encaisse en dollars

Un éditeur de logiciel qui facture un abonnement récurrent à des clients situés hors de la zone euro se heurte à une contrainte supplémentaire : le taux de change évolue à chaque échéance de facturation. Un abonnement mensuel facturé 100 dollars ne correspond pas au même montant en euros d’un mois sur l’autre, et la TVA éventuellement due doit être recalculée à chaque cycle, sur la base du taux applicable au jour de l’exigibilité de ce cycle précis, pas sur un taux figé à la souscription.

Pour ce type de facturation récurrente, la plateforme agréée doit recalculer automatiquement la contrevaleur en euros à chaque échéance, sans intervention manuelle. C’est un point de vigilance propre aux modèles d’abonnement : une facturation ponctuelle ne pose la question du taux qu’une fois, une facturation récurrente la pose à chaque cycle.

Le régime de TVA applicable à ces abonnements dépend lui aussi de la territorialité, notamment du statut du client et de sa localisation dans ou hors Union européenne. Notre article sur les clients à l’étranger détaille ces cas ; ce guide reste centré sur la conversion applicable une fois la TVA due.

Ce que doit gérer votre plateforme agréée

Toutes les plateformes agréées ne traitent pas la facturation multidevise avec la même rigueur. Avant de choisir la vôtre, si votre activité facture régulièrement à l’étranger, vérifiez qu’elle couvre les points suivants.

Multidevise natifUSD, GBP, CHF…

Émission de factures dans la devise de votre choix, sans contournement ni conversion manuelle du montant total.

Conversion TVA automatiqueTaux BCE du jour

Calcul et affichage automatique du montant de TVA en euros, au taux applicable à la date d’exigibilité de l’opération.

Traçabilité du tauxArchivage 10 ans

Conservation du taux de change effectivement appliqué sur chaque facture, consultable en cas de contrôle.

Format Factur-XChamps devise + euros

Structuration correcte du fichier électronique avec le code devise d’origine et la contrevaleur en euros de la TVA.

Sur les 166 plateformes agréées recensées au registre de la DGFiP, toutes n’ont pas encore démontré cette gestion fine du multidevise sur des cas d’usage internationaux. Indy et Pennylane font partie des plateformes qui prennent en charge les factures en devise étrangère et le calcul automatique de la contrevaleur en euros.

Cette exigence ne concerne pas que l’émission : un fournisseur étranger qui facture une entreprise française en devise doit lui aussi transmettre une facture exploitable, comme le précise notre article sur la réception de factures électroniques devenue obligatoire pour toutes les entreprises, ou notre guide pour recevoir gratuitement ses factures électroniques. Pour le calendrier opérationnel, voir ce qui change concrètement le 1er septembre 2026. Le guide complet de la facturation électronique 2026 reste la référence pour resituer cette question de devise dans l’ensemble de la réforme.

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FAQ : factures en devises étrangères et facturation électronique

Peut-on facturer en dollars, en livres ou en francs suisses en France ?

Oui. L’article 289, IV du Code général des impôts autorise librement le choix de la devise sur une facture. La seule contrainte porte sur le montant de TVA, qui doit être exprimé en euros.

Le montant de TVA doit-il obligatoirement apparaître en euros ?

Oui, systématiquement, dès qu’une TVA est due sur l’opération. Le reste de la facture, y compris le total, peut rester intégralement dans la devise choisie.

Quel taux de change utiliser pour convertir la TVA en euros ?

Le dernier taux publié par la Banque centrale européenne au jour de l’exigibilité de la taxe. Une alternative existe : le taux retenu pour déterminer la valeur en douane des importations.

Un prestataire qui facture un client suisse doit-il convertir toute la facture en euros ?

Non. Seule la ligne de TVA, quand elle existe, doit être exprimée en euros. Le montant total facturé au client peut rester intégralement en francs suisses.

Comment un éditeur SaaS doit-il gérer le taux de change sur des abonnements récurrents ?

Il doit recalculer la contrevaleur en euros de la TVA à chaque échéance de facturation, sur la base du taux applicable ce jour-là, et non sur un taux figé à la souscription.

Ma plateforme agréée gère-t-elle automatiquement les factures en devise étrangère ?

Cela dépend de la plateforme choisie. Vérifiez qu’elle prend en charge le multidevise natif, la conversion automatique de la TVA et la traçabilité du taux appliqué sur chaque facture.

Le format Factur-X accepte-t-il les montants en devise étrangère ?

Oui, le format prévoit un champ pour la devise d’origine de la facture, en complément du montant de TVA qui doit toujours figurer en euros conformément à la réglementation.

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