Factures en devises étrangères :
quelles règles pour la facturation électronique en 2026 ?
Facturer en dollars, en livres sterling ou en francs suisses est autorisé par la loi française, à condition de respecter une règle stricte : le montant de TVA doit toujours apparaître en euros, selon un taux de change précis. Le ministère de l’Économie le rappelle : la devise de facturation reste libre, la conversion de la taxe ne l’est pas. Ce guide détaille la règle de conversion, le taux applicable, et ce que votre plateforme agréée doit savoir gérer.
Comment aborder le sujet ?
Facturer en devise étrangère : ce que permet la loi

Rien n’interdit à une entreprise française d’établir ses factures en dollars, en livres sterling ou en francs suisses. L’article 289 du Code général des impôts pose le principe dans son IV : les montants figurant sur une facture peuvent être exprimés dans n’importe quelle monnaie, à condition que le montant de la taxe à payer ou à régulariser soit déterminé en euros. La loi ne restreint donc pas le choix de la devise de facturation, elle encadre uniquement la conversion de la TVA.
Cette liberté de devise ne dit rien, en revanche, sur la question de savoir si la TVA française s’applique à l’opération. Un prestataire qui facture hors Union européenne, ou un éditeur qui vend à l’étranger, doit d’abord déterminer où l’opération est imposable. Notre article sur les clients à l’étranger et la facturation électronique détaille cette territorialité et ce qu’il faut déclarer. Ce guide-ci se concentre sur un point différent : une fois que la TVA doit apparaître sur la facture, comment la convertir en euros.
La TVA doit toujours être exprimée en euros
Dès qu’une facture porte un montant de TVA, qu’elle soit libellée en dollars, en livres ou en francs suisses, ce montant de taxe doit être exprimé en euros. C’est une obligation légale, pas une simple recommandation de bon sens comptable : elle découle directement du IV de l’article 289 du Code général des impôts, qui conditionne la liberté de devise au respect de cette conversion.
Les montants figurant sur la facture peuvent être exprimés dans toute monnaie, pour autant que le montant de la taxe à payer ou à régulariser soit déterminé en euros.
Article 289, IV du Code général des impôts
Cette règle existe pour une raison simple : l’administration fiscale française collecte, contrôle et croise ses données de TVA en euros. Une facture en devise étrangère qui n’affiche pas ce montant converti est incomplète au regard des mentions obligatoires, même si le reste du document est par ailleurs parfaitement rédigé. Elle expose l’entreprise émettrice au risque associé aux factures non conformes.
Quel taux de change utiliser pour la TVA
Le Bulletin officiel des finances publiques précise le taux de change à retenir pour cette conversion. Le BOFiP pose le principe général : le taux de change applicable est le dernier taux publié par la Banque centrale européenne, au jour de l’exigibilité de la taxe, c’est-à-dire la date à laquelle la TVA devient due (livraison du bien, réalisation de la prestation, ou encaissement selon le régime applicable à l’opération).
Une alternative existe : les assujettis peuvent aussi retenir le taux utilisé pour déterminer la valeur en douane des importations. Dans les deux cas, l’objectif reste le même : figer un taux vérifiable et traçable, plutôt qu’un taux bancaire négocié au coup par coup, sans valeur fiscale.
Concrètement, une facture de 10 000 dollars américains émise avec un taux BCE fictif, à titre d’illustration, de 0,92 euro pour un dollar donnerait une base hors taxes de 9 200 euros, et une ligne de TVA calculée sur cette base convertie, pas sur le montant en dollars. C’est ce montant en euros, et non le montant en devise, qui sert de référence pour la déclaration de TVA et pour l’e-reporting.
Cas concret : un prestataire facture un client suisse

Un consultant ou un artisan français qui travaille pour un client basé en Suisse facture fréquemment en francs suisses, à la demande du client. La Suisse n’appartient pas à l’Union européenne : la question de savoir si la TVA française s’applique à cette prestation relève des règles de territorialité, détaillées dans notre article sur les clients à l’étranger et ce qu’il faut déclarer.
Ce qui nous intéresse ici, c’est ce qui se passe une fois cette question tranchée. Si la prestation reste soumise à la TVA française, même partiellement, la facture en francs suisses doit afficher le montant de taxe converti en euros, selon le taux BCE du jour d’exigibilité. Si elle est exonérée au titre de l’exportation de services, aucune ligne de TVA n’apparaît, et la conversion ne se pose donc pas pour la taxe elle-même.
Cas concret : un éditeur SaaS encaisse en dollars
Un éditeur de logiciel qui facture un abonnement récurrent à des clients situés hors de la zone euro se heurte à une contrainte supplémentaire : le taux de change évolue à chaque échéance de facturation. Un abonnement mensuel facturé 100 dollars ne correspond pas au même montant en euros d’un mois sur l’autre, et la TVA éventuellement due doit être recalculée à chaque cycle, sur la base du taux applicable au jour de l’exigibilité de ce cycle précis, pas sur un taux figé à la souscription.
Pour ce type de facturation récurrente, la plateforme agréée doit recalculer automatiquement la contrevaleur en euros à chaque échéance, sans intervention manuelle. C’est un point de vigilance propre aux modèles d’abonnement : une facturation ponctuelle ne pose la question du taux qu’une fois, une facturation récurrente la pose à chaque cycle.
Le régime de TVA applicable à ces abonnements dépend lui aussi de la territorialité, notamment du statut du client et de sa localisation dans ou hors Union européenne. Notre article sur les clients à l’étranger détaille ces cas ; ce guide reste centré sur la conversion applicable une fois la TVA due.
Ce que doit gérer votre plateforme agréée
Toutes les plateformes agréées ne traitent pas la facturation multidevise avec la même rigueur. Avant de choisir la vôtre, si votre activité facture régulièrement à l’étranger, vérifiez qu’elle couvre les points suivants.
Émission de factures dans la devise de votre choix, sans contournement ni conversion manuelle du montant total.
Calcul et affichage automatique du montant de TVA en euros, au taux applicable à la date d’exigibilité de l’opération.
Conservation du taux de change effectivement appliqué sur chaque facture, consultable en cas de contrôle.
Structuration correcte du fichier électronique avec le code devise d’origine et la contrevaleur en euros de la TVA.
Sur les 166 plateformes agréées recensées au registre de la DGFiP, toutes n’ont pas encore démontré cette gestion fine du multidevise sur des cas d’usage internationaux. Indy et Pennylane font partie des plateformes qui prennent en charge les factures en devise étrangère et le calcul automatique de la contrevaleur en euros.
Cette exigence ne concerne pas que l’émission : un fournisseur étranger qui facture une entreprise française en devise doit lui aussi transmettre une facture exploitable, comme le précise notre article sur la réception de factures électroniques devenue obligatoire pour toutes les entreprises, ou notre guide pour recevoir gratuitement ses factures électroniques. Pour le calendrier opérationnel, voir ce qui change concrètement le 1er septembre 2026. Le guide complet de la facturation électronique 2026 reste la référence pour resituer cette question de devise dans l’ensemble de la réforme.
Trouvez la plateforme adaptée à vos factures en devise étrangère
2 minutes pour identifier les plateformes agréées les mieux adaptées à votre activité et à vos clients à l’international.
Lancer le diagnostic →FAQ : factures en devises étrangères et facturation électronique
Peut-on facturer en dollars, en livres ou en francs suisses en France ?
Oui. L’article 289, IV du Code général des impôts autorise librement le choix de la devise sur une facture. La seule contrainte porte sur le montant de TVA, qui doit être exprimé en euros.
Le montant de TVA doit-il obligatoirement apparaître en euros ?
Oui, systématiquement, dès qu’une TVA est due sur l’opération. Le reste de la facture, y compris le total, peut rester intégralement dans la devise choisie.
Quel taux de change utiliser pour convertir la TVA en euros ?
Le dernier taux publié par la Banque centrale européenne au jour de l’exigibilité de la taxe. Une alternative existe : le taux retenu pour déterminer la valeur en douane des importations.
Un prestataire qui facture un client suisse doit-il convertir toute la facture en euros ?
Non. Seule la ligne de TVA, quand elle existe, doit être exprimée en euros. Le montant total facturé au client peut rester intégralement en francs suisses.
Comment un éditeur SaaS doit-il gérer le taux de change sur des abonnements récurrents ?
Il doit recalculer la contrevaleur en euros de la TVA à chaque échéance de facturation, sur la base du taux applicable ce jour-là, et non sur un taux figé à la souscription.
Ma plateforme agréée gère-t-elle automatiquement les factures en devise étrangère ?
Cela dépend de la plateforme choisie. Vérifiez qu’elle prend en charge le multidevise natif, la conversion automatique de la TVA et la traçabilité du taux appliqué sur chaque facture.
Le format Factur-X accepte-t-il les montants en devise étrangère ?
Oui, le format prévoit un champ pour la devise d’origine de la facture, en complément du montant de TVA qui doit toujours figurer en euros conformément à la réglementation.
Transparence : certains liens de cette page sont des liens partenaires rémunérés, sans surcoût pour vous. Ils ne modifient pas nos notes, établies selon notre méthodologie publique.